Depuis plusieurs années, les politiques publiques de l’innovation s’efforcent d’instituer des clusters, dénommés « pôles de compétitivité » en France. Or, malgré une littérature abondante, la gouvernance et le pilotage de ce type de collectifs sont restés peu étudiés. A travers un dispositif original d’échanges d’expériences – l’Observatoire des pôles de compétitivité – et en s’appuyant sur plusieurs recherches-interventions, il a pu être montré que les modèles de l’open innovation et du « rapprochement de compétences », qui servent de référence normative à ces institutions, ne permettent pas de construire une gouvernance adaptée de ce type de collectif. En mobilisant la théorie de la conception développée au CGS, ces recherches ont dévoilé les fixations cognitives qui se forment dans ces structures, provoquant notamment le phénomène d’« innovation orpheline ». En revanche, l’introduction de « référentiels expansifs » qui identifient ces fixations et génèrent des alternatives en rupture avec celles-ci, favorise le pilotage de ces collectifs. Ils aident aussi à clarifier leur mission et leur fondement institutionnel (la construction d’un potentiel commun inédit). Ces résultats jettent les bases de nouvelles politiques publiques de l’innovation, en soulignant la nécessité d’un outillage institutionnel stimulant des innovations hors des champs de fixation décelés (encadré 3).

 

Encadré 3 : Pôles de compétitivité et politiques de clusters

A partir de plusieurs dispositifs de recherche (Observatoire des Pôles de Compétitivité, recherches-interventions dans des clusters ou pôles, études comparatives, participation à des instances européennes), les résultats suivants ont été mis en évidence :

  • au-delà de leurs différences initiales, les performances variables obtenues par les pôles de compétitivité sont pour partie liées à leurs modalités d’intermédiation de l’innovation, certaines de ces modalités s’avérant beaucoup plus efficaces mais aussi très exigeantes ;
  • l’élaboration de référentiels d’innovation fondés sur la théorie C-K permet de lutter contre les fixations cognitives dans les collectifs d’open innovation et d’accroître l’innovativité des projets de R&D stimulés ;
  • plus fondamentalement, et contrairement au parti théorique des travaux dominants sur les clusters, les acquis les plus récents en management de l’innovation sont nécessaires pour identifier les modèles de pilotage adaptés aux clusters et aux interactions de clusters ;
  • l’évaluation des politiques de cluster est soumise à de nombreuses limites méthodologiques et doit se centrer d’une part sur des variables intermédiaires d’impact (pilotages), d’autre part sur les effets de policy-mix.

Les recherches sur les écosystèmes innovants ont fait l’objet d’un projet de recherche EPICTETE qui a été distingué par l’ANR, et d’un travail doctoral qui a obtenu le prix de thèse AIMS 2013.