Les journées d’études de l’école doctorale aura lieu le 11 juin 2012 à  Mines Paris Tech, 60, boulevard Saint Michel, Salle V 315. Le programme est comme suivant:

Le travail dans la mondialisation : Les mutations contemporaines du salariat

Si l’on peut discuter la présentation du travail comme une « valeur », il est hors de doute qu’il occupe, sous la forme du salariat, une place centrale dans les sociétés contemporaines fondées sur l’économie de marché. Producteur de valeur, il y est aussi le fondement de l’identité sociale.

Ces dernières décennies présentent à cet égard des mouvements et des recompositions apparemment contradictoires : d¹un côté, se poursuit, dans les pays industrialisés, un mouvement séculaire de diminution du temps de travail salarial, que la persistance, depuis plusieurs décennies, d’un chômage de masse semble imposer ; de l’autre, la crise économique récente suscite un discours de « remise au travail », dans un contexte international où les pays émergents, peu regardant sur la durée du travail (et la législation du travail en général), prennent une place de plus en plus importante dans l’économie mondiale. Dans ce contexte, les Etats sociaux nés du new deal, semblent devenus impuissants à gérer ce salariat en voie de mondialisation. Par ailleurs, de nouvelles questions telles que la santé au travail ont pris ces dernières années une place croissante, et là encore, il peut sembler contradictoire de constater que l’évolution vers une économie de l’information et du service ne s’est pas traduite par une diminution de la pénibilité physique du travail ; tout juste celle-ci s’est-elle déplacée, comme le montre l’apparition de nouvelles pathologies (stress, harcèlement, dépression…).

C’est à ces questions que sera consacrée la prochaine journée d¹études de l’école doctorale « Economie, Organisations, Société ». L’objet « travail » sera envisagé sous ses multiples aspects. On s’intéressera aux mutations de ses formes techniques et organisationnelles depuis le XIXe siècle, mais aussi à la composition sociale du salariat, et notamment aux questions de genre et d’âge, sans négliger la dimension subjective du vécu du travail. On prendra aussi en considération la dimension internationale ces questions, sans se limiter aux pays industrialisés.

Comme les années précédentes, cette journée d¹études comprendra de six à huit interventions émanant de jeunes docteurs, démographes, économistes, gestionnaires, historiens et sociologues, issus des différents laboratoires de recherche qui composent l’école doctorale, à l’Université de Paris Ouest et à Mines Paris Tech. Elles seront discutées par un chercheur «confirmé» appartenant à une discipline différente de celle du docteur. Notre souhait est de favoriser l’échange, tant entre générations qu’entre disciplines et de mettre ainsi en lumière les thématiques transverses qui caractérisent notre école doctorale.

9h30 : Présentation de la journée (François Vatin)

9h45 : Alina toader (CERPOS) : Diversité d’itinéraires professionnels. Influences de l’immigration en France et spécificités de genre

Discutant : Jean-Claude Sardas

Ma thèse de doctorat s’est intéressée au cheminement qui mène aux différences de participation au marché du travail français entre divers groupes d’immigrés et le reste de la population résidant en France, en exploitant les données des enquêtes Histoire de vie. Construction des identités (INSEE, 2003), Mobilité géographique et insertion sociale (INED, INSEE, 1992) et Parcours et profils des migrants (DREES, 2 vagues : 2006, 2007). L’originalité de l’approche adoptée tient à la comparaison selon le statut migratoire et la catégorie sexuée des individus tout au long du parcours professionnel en France, puis également à la prise en compte de la vie professionnelle des immigrés avant l’immigration et des changements observés à certains moments clés du processus migratoire (à l’arrivée, à l’obtention d’un premier titre de séjour « durable », à l’éventuelle acquisition de la nationalité française).
Les résultats obtenus révèlent d’abord l’importance de l’entrée en emploi en France sur la participation économique ultérieure des femmes et des hommes immigrés, cette dernière dépendant à son tour des conditions de la migration et de leur évolution. Bien que l’arrivée en France influe considérablement sur les parcours professionnels des immigré(e)s, son influence pourrait toutefois être relativisée, notamment en comparaison avec d’autres événements d’histoire de vie chez les femmes (surtout ceux familiaux). La dimension genre s’est avérée essentielle à la compréhension de ces processus. 

10h30 : Yves LACASCADE (SOPHIAPOL) : Le difficile accès à l’âge d’homme des fils de travailleurs immigrés algériens dans un quartier désurbanisé d’une petite ville désindustrialisée du nord de la France au tournant du nouveau siècle

Discutante : Johanna Etner

Dans ce travail, il s’agit, en comparant les matériaux récoltés lors d’une première enquête il y a une quinzaine d’années, à ceux disponibles aujourd’hui, de comprendre comment les jeunes hommes  « issus de l’immigration algérienne » résidant alors dans un quartier d’Hautmont – petite ville de 27000 habitants située à proximité de Maubeuge et de la frontière belge, dans le nord de la France, anciennement sidérurgique et subissant, depuis la fin des années 1970, une désindustrialisation massive et accélérée – s’y sont pris pour échapper à l’enlisement social et professionnel dans lequel ils se trouvaient englués et qui les maintenait dans la position d’éternels adolescents, pour accéder finalement à la position et au statut d’adultes. Il s’agit notamment de comprendre quelle part les stratégies familiales et tout spécialement le mariage « selon le vœu des parents » ont pris dans cette évolution et de tenter notamment de répondre à la question suivante : les choix matrimoniaux auraient-ils été les mêmes si les difficultés sociales rencontrées par ces jeunes gens avaient été moins aiguës ? Ce qui, au bout du compte, devrait également nous permettre de mieux comprendre comment, d’une génération sur l’autre, se reproduit l’immigration mais également ce qui, dans l’immigration, se reproduit et les mécanismes, injonctions et prohibitions à l’œuvre dans cette reproduction.

11h15 : pause 

11h30 : Marie-Rachel Jacob (CEROS): Entre travail et organisation : les individus en action dans l’entreprise. Une enquête sur la collaboration entre salariés et travailleurs extérieurs dans une grande entreprise.

Discutant : Ludovic Tournès

Au croisement des courants de recherche portant sur l’étude du travail et sur celle de l’organisation, la thèse analyse la transformation de la main d’œuvre dans l’entreprise issue de la généralisation du recours à des formes d’emploi qualifiées d’atypiques. La littérature fait état d’une tendance à la déconnexion entre des pratiques de travail dans l’entreprise mêlant des individus aux statuts juridiques différents et des théories de l’organisation reposant sur une relation d’emploi uniforme entre l’entreprise et ses travailleurs. Par ailleurs, les individus agissant dans l’entreprise ne formulent pas expressément la transformation qu’ils vivent dans la mesure où l’action commune subsiste malgré l’individualisation croissante du rapport entre l’entreprise et le travailleur. L’observation directe de la collaboration entre des salariés et des travailleurs extérieurs sur le lieu de travail de l’entreprise permet de comprendre les mécanismes à l’œuvre dans la réalisation commune d’activités sur le lieu de travail de l’entreprise. La notion d’équipe composite est proposée pour décrire cette catégorie d’action qui se situe entre l’étude du travail et celle de l’organisation prise dans le sens de la structure formelle représentée par l’entreprise. Ainsi, loin de diluer son unité en employant des collectifs de travail dépassant ses frontières juridiques, l’entreprise apparaît comme un intégrateur d’entités modulaires. Quant aux individus, ils composent leur rôle de travailleur sur le lieu de l’entreprise au-delà de leur statut juridique et en fonction d’un répertoire construit à partir de leur expérience professionnelle.

12h15 : Nicolas Castel (IDHE) : La smicardisation du salaire ou la décélération de la valeur sociale du travail : le cas des centres d’appels

Discutant : Jean-Philippe Denis

Pour qui interroge le travail dans la mondialisation, les évolutions du salaire sont un bon révélateur des dynamiques qui l’anime. Sur la base d’une enquête dans des centres d’appels prestataires, Nicolas Castel s’intéressera aux pratiques consistant à imposer pour un nombre de salarié(e)s de plus en plus conséquent le SMIC comme norme de rémunération. La smicardisation du salaire est une des manifestations de la confrontation entre des institutions salariales à caractère national et un « coût du travail » qui tend dans certains secteurs à s’internationaliser. Il s’agira donc de questionner cette déqualification de la valeur sociale du travail qu’est le salaire.

13h-14h : Dejeuner 

14h : Jérôme Pelletier (IDHE) : La place des femmes ds la modernisation de l’agriculture en loir et cher de la libération au début des années 80. (hist soutenue 2010)

Discutant : Blanche Segrestin

Cette thèse étudie le rôle et la place que les agricultrices tiennent dans les bouleversements, les transformations et les mutations (sociales, économiques et culturelles) que les campagnes françaises ont connus depuis la Libération jusqu’à la mise en place du statut de coexploitante au début des années 1980, dans le département du Loir-et-Cher. A la croisée de la « gender history », de l’histoire rurale et de l’histoire des institutions, ce travail évalue l’importance prise par les femmes dans la mise en place du modèle de développement de l’agriculture française. Les décrets définissant la vulgarisation et le développement sont analysés essentiellement à partir d’un fonds inédit, les archives de la Chambre d’Agriculture de Loir-et-Cher. Ce travail permet d’abord de constater qu’il est possible de dépasser le silence des femmes dans un espace dominé par les hommes et dans une profession qui ne leur reconnaît pas de statut professionnel. Les agricultrices ont su, comme leur mari, s’approprier les outils de la modernisation, et notamment les groupements de base. Au-delà de représentations marquées par une relative permanence, la modernisation de leurs activités maternelles et ménagères s’inscrivent dans les modèles véhiculés par la jeunesse catholique. Dans une moindre mesure, la diffusion du calcul économique permet une appropriation réelle mais incomplète des méthodes comptables et de gestion. Enfin, une prise de conscience de leur situation apparaît clairement dans la seconde moitié des années 1970 qui permet aux agricultrices de s’affirmer en dehors de l’exploitation, avant même l’affirmation et la définition du statut qui leur reconnaît une existence sociale et juridique.

14h45 : Clara ALVAREZ  (LADYSS) : Portrait socio -politique des petits cultivateurs de coca et pavot. Témoignage de réalité quotidienne des départements de Nariño, Putumayo et Caquetá (Colombie) dans la période 1998-2006

Discutante : Anne Raulin

Ce travail de recherche consiste en l’étude des engagements, des motivations, des attentes et des formes de gestion territoriale des petits cultivateurs de coca et de pavot dans les départements du Sud de la Colombie (Caquetá, Putumayo, Nariño et Huila). Les principaux acteurs en sont : les producteurs, les cueilleurs, les employés des fermes, les leaders, les membres des ONG, les politiciens et les professeurs. Nous avons pu établir que les cultures illicites étaient les seules cultures rentables et que, étant donné la précarité des conditions sociales, l’isolement des territoires, le manque d’alternatives et l’illettrisme, les petits producteurs avaient recours aux cultures de coca et de pavot pour survivre. Nous avons également pu établir que les politiques antidrogue mises en oeuvre par l’Etat colombien pour contrôler la production de feuilles de coca et les cultures de pavot n’apportaient aucune amélioration aux conditions de vie des populations concernées mais qu’au contraire elles aggravaient la situation et renforçaient l’idée reçue qu’il n’y a d’issue que dans l’usage de la force et que le conflit armé est la conséquence de la circulation des quantités d’argent générées par le narcotrafic. L’argent semble venir et repartir comme par enchantement, laissant derrière lui violence et dépit. Aucun espoir n’est donné aux communautés occupant ces territoires et les conditions dans lesquelles elles vivent sont plus mauvaises encore que celles qui existaient avant l’arrivée des cultures illicites.

15h30 : Laure Machu (IDHE) : Les conventions collectives du Front populaire. Construction et pratiques du système français de relations professionnelles.

Discutant : Patrick Cingolani

Pour mettre au jour la structuration progressive du système français de relations professionnelle, la thèse s’organise donc en trois parties qui suivent un plan chronologique. La première est consacrée à la période précédant le Front populaire et s’attache à décrire les pratiques et les débats qui préparent les mutations du Front populaire. La deuxième analyse la négociation et le contenu des textes signés dans la foulée des grèves du mois de juin 1936. Enfin, la troisième partie s’intéresse à l’application et l’héritage des conventions conclues sous le Front populaire. Le premier apport de la thèse est d’avoir éclairé la chronologie pour mettre en évidence les temps forts de la structuration du système de relations professionnelles. On aura notamment montré le caractère essentiel de la séquence 1900-1935 pour comprendre la genèse des transformations opérées par le Front populaire. Au-delà de l’extension heurtée des conventions collectives, la période marque une mutation décisive des pratiques et une maturation de la réflexion sur l’architecture des relations professionnelles et le rôle de la convention collective. Replacer le Front populaire dans une chronologie plus longue nous aura permis, en second lieu, de mettre en évidence le poids du jeu des acteurs dans le développement des conventions collectives, qu’il s’agisse de l’Etat, des syndicats ou syndicaux ou du patronat. En troisième lieu, il s’est agi de dégager le sens et la portée des conventions collectives. L’analyse comparée celles qui ont été conclues dans les divers secteurs remet en cause l’unité supposée du système de relations professionnelle. On est bien en présence d’un système pluriel comme le montre d’une part les décalages chronologiques dans le développement des conventions collectives et les variations de leur contenu. Cette diversité souligne l’importance des structures économiques pour comprendre l’ancrage des conventions collectives.

16h15 : Emmanuel Coblence (Mines Paris Tech) : Organiser le « travail de l’art » ? Les musées entre réformes managériales et relectures des collections

Discutant : François Vatin

Au centre du paysage des institutions culturelles, les musées sont actuellement confrontés à de fortes transformations de leur activité : leur croissance s’accompagne d’un renouvellement de leurs missions et de la conquête de champs nouveaux. Face à ces mutations, les recherches existantes suggèrent que les musées sont traversés par une vague de managérialisation sans précédent (la progression de discours de performance, la diffusion d’outils et de savoirs gestionnaires, portés par des acteurs nouveaux) et caractérisent une forme d’administration culturelle portant sur le pilotage et le contrôle des fonctions de mise en œuvre de politique publique, de démocratisation et de création de valeur économique. À partir d’une recherche approfondie au sein du musée du Louvre, la thèse met en évidence le fait que la managérialisation des musées traduit aussi des enjeux d’activation de la signification des œuvres, notamment par la conception d’accrochages et d’expositions. La vague de managérialisation est ainsi interprétée au prisme d’une évolution du « régime de signification ». Par cette étude de cas, nous montrons que l’organisation des activités au sein du musée structure les compétences pour permettre l’élaboration d’expositions dans un régime de signification donné. Cependant, dans certains projets, comme le Louvre-Lens, le musée régénère l’ordre même de sa collection, en brisant les frontières disciplinaires et modifiant fortement le regard que l’institution porte sur les œuvres. Ces projets, définis comme des explorations d’un nouveau régime de signification, passent par un profond renouvellement du travail de conception des expositions (impliquant conservateurs et commissaires d’exposition, mais également chargés de médiation et de développement des publics…) et des modes d’organisation classiques. Au cœur de ce « travail de l’art » se joue la capacité du musée à renouveler les expertises scientifiques, à s’adresser à de nouveaux publics et prendre position par rapport aux autres institutions muséales mondiales.

17h : Conclusion de la journée (François Vatin)