Cet axe de recherche s’intéresse aux mutations et aux crises des métiers et des identités professionnelles, que l’on observe dans une économie reposant sur la connaissance et l’innovation, ainsi que sur des services à forte valeur ajoutée. Face à ces défis, entreprises et organisations ont eu tendance à soumettre les ingénieurs, cadres et professionnels à de multiples rationalisations classiques (mode projet, pression sur les facteurs coût/qualité/délai, règles RH de rotation des personnels et d’individualisation des objectifs,…). Or, celles-ci sont peu adaptées aux nouveaux régimes d’innovation (cf. Axe 1). En outre, elles ont généré de multiples tensions qui ont eu d’importants effets négatifs à la fois sur la performance économique et sur la santé des personnes. A l’inverse, cet axe de recherche retient l’hypothèse qu’il faut articuler de façon nouvelle le mode de conception des organisations (organizational design) et la conception de « parcours professionnels » adaptés aux exigences de l’innovation et plus « sécurisés ». L’approche proposée conjugue les apports des sciences de gestion à ceux de la sociologie, de l’ergonomie et de la psychologie du travail. L’ambition étant d’appréhender simultanément les enjeux spécifiques aux compétitions contemporaines et les enjeux de santé au travail.

Cette approche a conduit à plusieurs résultats :

– Elle s’est montrée particulièrement féconde pour comprendre les crises récentes apparues au sein de différents métiers liés à l’innovation ou à l’intensification des activités de service (travailleurs intellectuels, « knowledge workers », professionnels de l’hôpital et des institutions culturelles). Ces métiers subissent une tension forte entre les nouveaux régimes d’innovation et la nécessité d’apprentissages longs, rigidifiés par les classifications des rôles et des savoirs. Pour mieux décrire et gérer cette tension, une modélisation en termes de « dynamiques de métier », combinant des cartographies évolutives des rôles et des parcours de compétences, a été expérimentée avec plusieurs partenaires. Elle éclaire les mécanismes complexes de ces crises, peu décelables sans de telles cartographies. Elle offre aussi un instrument utile pour la reconception de dynamiques professionnelles plus motivantes et plus robustes.

– Ces travaux conduisent à réfuter les analyses classiques qui expliquent par « le manque accru d’autonomie » l’augmentation des problèmes de santé au travail. Or, en régime d’innovation intensive, l’autonomie peut être à la fois non performante et non supportable ; y compris pour des experts, si celle-ci les isole et les enferme dans des trajectoires illisibles. On a pu alors montrer la nécessité d’introduire une notion de « maîtrise cognitive de l’activité » absente des modèles classiques, à la fois individuelle et collective, car elle constitue un enjeu identitaire majeur pour les « knowledge workers ». Ces modèles valent également pour les salariés des services menacés de « mise en incompétence apparente » alors qu’un management inadéquat de l’innovation est en cause. Ils aboutissent à une reconceptualisation des liens entre santé au travail et modes d’organisation, voie nouvelle pour la compréhension et la prévention des « risques psychosociaux ».

Malgré son importance stratégique, la Gestion des Ressources Humaines des populations de chercheurs, concepteurs, experts et managers de R&D avait jusqu’ici fait l’objet de peu de travaux. Les résultats obtenus comblent en partie cette lacune, en combinant les modèles théoriques du raisonnement de conception innovante (axe 1) et les modèles de « dynamiques métier » fondés sur les notions de « parcours et d’identités professionnelles ». Ils complètent ceux obtenus par d’autres équipes en sciences de gestion, ergonomie et sociopsychologie du travail.

 

Les faits marquants :

  • Co-fondation depuis 2011 du Groupe d’Etudes Sur le Travail Et la Souffrance au travail, « domaine d’intérêt majeur » de la Région Ile-de-France (DIM GESTES).
  • Membre du conseil scientifique de l’ANACT
  • Organisation avec HEG de Neuchâtel un colloque international sur « Les figures du tiers dans la relation individu-organisation : enjeux d’identité, de santé et de performance » en 2011
  • Prix de la meilleure communication de langue française en 2012 au 4ème colloque international « Développement Organisationnel et Changement » organisé par l’Iseor en partenariat avec l’AOM.

 

Sélection de publications : Schilling A., Werr A, Gand S., Sardas J.C. (2012),”Understanding professionals’ reactions to strategic change: the role of threatened professional identities ». The Service Industries Journal 32(8): 1229-1245

Sardas J.C., Dalmasso C., Lefebvre P. (2011), Les enjeux psychosociaux de la santé au travail : des modèles d’analyse à l’action sur l’organisation, Revue Française de Gestion 5, 69-88

Sardas J.C., Gand S. (2011),”Les transitions professionnelles contraintes par des restructurations : dynamiques individuelles et modalités d’accompagnement », Gérer et Comprendre 103, 26-37.

Aubouin N., Kletz F., Lenay O. (2010), Médiation culturelle, l’enjeu de la gestion des ressources humaines, in « Culture Etudes » mai 2010.

Kletz F., Lenay O. (2008), Du statut au métier : l’encadrement y gagne-t-il en reconnaissance ? Analyse d’une démarche de modernisation de la GRH publique. Revue Française d’Administration Publique 128, 689-701