Les principaux axes de recherche du CGS sont au nombre de trois :

Axe 1 : Activités de conception et capacités d’innovation dans les entreprises et le système productif mondial

Depuis 1998, les chercheurs du CGS ont introduit l’hypothèse que la compétition mondiale se caractérisait par un régime « d’innovation intensive ». Cette hypothèse, largement confirmée ensuite, signalait à la fois l’élargissement des stratégies d’innovation au-delà du domaine classique de la R&D et l’accélération des ruptures dans « l’identité des objets et des techniques ». Dans cet axe, qui mobilise aujourd’hui une part importante des chercheurs du CGS, la recherche développe deux aspects majeurs de ce nouveau régime d’innovation : a) de nouveaux modèles théoriques et instrumentaux des activités de conception mieux adaptés à ce nouveau régime de la compétition ; b) plus récemment, elle explore aussi de nouveaux principes logistiques débouchant sur des modèles inédits des chaînes mondiales d’approvisionnement.

Axe 2 : Dynamique des métiers et santé au travail dans les activités d’innovation et de service

Cet axe de recherche s’intéresse aux mutations et aux crises des métiers et des identités professionnelles, que l’on observe dans une économie reposant sur la connaissance et l’innovation, ainsi que sur des services à forte valeur ajoutée. Face à ces défis, entreprises et organisations ont eu tendance à soumettre les ingénieurs, cadres et professionnels à de multiples rationalisations classiques (mode projet, pression sur les facteurs coût/qualité/délai, règles RH de rotation des personnels et d’individualisation des objectifs,…). Or, celles-ci sont peu adaptées aux nouveaux régimes d’innovation (cf. Axe 1). En outre, elles ont généré de multiples tensions qui ont eu d’importants effets négatifs à la fois sur la performance économique et sur la santé des personnes. A l’inverse, cet axe de recherche retient l’hypothèse qu’il faut articuler de façon nouvelle le mode de conception des organisations (organizational design) et la conception de « parcours professionnels » adaptés aux exigences de l’innovation et plus « sécurisés ». L’approche proposée conjugue les apports des sciences de gestion à ceux de la sociologie, de l’ergonomie et de la psychologie du travail. L’ambition étant d’appréhender simultanément les enjeux spécifiques aux compétitions contemporaines et les enjeux de santé au travail.

Axe 3 : Changements institutionnels et nouvelles gouvernances (privés et publics) dans un capitalisme de l’innovation et du développement durable

Les transformations contemporaines (innovation intensive, financiarisation, nouvelles performances environnementales et sociétales) sont indissociables de remises en cause des cadres normatifs institutionnels ou de multiples tentatives pour en créer de nouveaux. Obsolescence et émergence des cadres normatifs, imposent aux chercheurs en sciences de gestion de repenser la gouvernance des entreprises, des organisations, comme celle des écosystèmes (régionaux, nationaux et internationaux). En effet, celle-ci était pensée comme un processus, dynamique et proactif, mais au sein d’un cadre institutionnel stable. Que devient-elle lorsqu’elle interagit avec l’évolution normative ? Cette question est abordée par la littérature « néo-institutionnaliste » dont les chercheurs en sciences de gestion partagent certaines hypothèses ainsi que la critique des approches contractualistes de l’entreprise ou de l’institution. Mais pour les sciences de gestion contemporaines, la recherche ne peut se limiter à une discussion des principes de justification, des pouvoirs en présence ou des régimes de déploiement des normes, il s’agit aussi de contribuer à la production institutionnelle à la lumière de nouveaux modèles de gouvernance. Les chercheurs du CGS ont ainsi choisi d’étudier les instrumentations cognitives et organisationnelles qui influencent la genèse conjointe des normes et des régimes de gouvernance. Cette approche a montré sa fécondité dans trois domaines en mutation où les chercheurs ont pu discuter les « instrumentations institutionnelles » présentes ou en débat, et en proposer de nouvelles.

le CGS dans la recherche en sciences de gestion

Les trois axes de recherche sont complémentaires. La compétition par l’innovation intensive et les mutations institutionnelles ne débouchent pas sur une simple extension de l’ingénierie gestionnaire classique. Les nouvelles ingénieries de Gestion exigent de passer d’un paradigme de la décision à un paradigme de la conception. Cette mutation se retrouve dans plusieurs courants de la littérature (Design thinking, Management as Design , Design driven innovation,…). Les travaux du CGS constituent des apports remarqués, dans et au-delà des sciences de Gestion, parce qu’ils s’appuient sur une théorie formelle et générale de la conception qui échappe aux rationalités classiques de l’optimisation, s’accorde à la nature versatile et foisonnante des nouvelles technologies et éclaire les processus adaptés à l’innovation intensive. Néanmoins, ce déplacement paradigmatique exige aussi une reconceptualisation des parcours professionnels et une mutation des cadres institutionnels (propriété, autorité, engagement, gouvernance) de l’entreprise ou des écosystèmes, que le CGS explore en ouvrant, dans certains cas, de nouvelles voies.

Par ses recherches pionnières, le CGS a consolidé sa place comme laboratoire de référence au plan national et conduit des percées théoriques se plaçant au meilleur niveau international : en 2013, ses travaux ont notamment remporté le prix de thèse de l’AIMS (la plus large association savante en sciences de Gestion) ainsi que le prix du meilleur livre de recherche académique en Management.

Tradition ancienne et permanente du CGS, la recherche se nourrit de travaux épistémologiques, historiques et méthodologiques sur la nature des sciences de Gestion, Depuis la première édition de l’ouvrage « les nouvelles fondations des Sciences de Gestion » (David, Hatchuel, Laufer 2001), ces travaux comptent parmi les références classiques du champ et figurent dans l’ouvrage de la Société Française de Management qui présente les travaux français les plus marquants. Au-delà, ils clarifient la place spécifique des sciences de gestion dans l’ensemble du champ scientifique, à la fois discipline autonome et vocation transdisciplinaire à l’intersection des SHS, des sciences cognitives et des sciences de l’Ingénieur. Enfin, on note un intérêt accru pour les méthodologies de recherche-intervention développées au CGS bien référencées dans les grands handbooks de la Collaborative Research.